
Homélies des dimanches version imprimable ![]() SEPTIEME DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A
Livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 12-14) Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n’est pas loin. (La distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.) Ces derniers jours, ma prière m’a mené dans la chambre haute de la maison d’un des disciples de Jésus, à Jérusalem. Ce qui m’a d’abord étonné, c’est de les voir tous là, les onze apôtres, et puis Marie, la mère de Jésus, et quelques femmes. Comment des gens si différents arrivent-ils à vivre ensemble ? On le sait bien, les apôtres ont des âges, des caractères, des origines sociales que tout pourrait séparer. Mais il n’y a pas qu’eux ; les femmes, elles aussi, partagent la vie des frères. Impensable dans une société très cloisonnée. Qui est donc l’artisan de leur improbable communion ? Le texte nous le dit en cette formule très simple « D'un seul coeur, ils participaient fidèlement à la prière ». Ainsi donc, le premier fruit de l’Esprit Saint, c’est la communion entre tous ceux qui sont réunis au nom de Jésus. Est-ce toujours vrai de nos communautés ? Entre Ascension et Pentecôte, les disciples réunis dans la chambre haute vivent un temps d’attente. Une attente certes nourrie par l’espérance, mais éprouvante aussi. Je les imagine traversés de sentiments contradictoires : La peur – celle de connaître le même sort que Jésus –, et la confiance – « Je suis vainqueur du monde », leur avait dit Jésus. Le doute – ne se serait-on pas trompés en misant toute notre vie sur Jésus ? -, et la foi, celle qui repose sur la promesse de Jésus : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ». Ne sommes-nous pas nous aussi souvent traversés de sentiments contradictoires, oscillants entre peur et confiance, doute et foi ? Les disciples ont vécu tant d’évènements déroutants depuis quelques semaines… Après l’exaltation de la vie et de la mission partagées avec Jésus, ce fut le choc de sa mort, la désillusion, la désespérance. Alors qu’ils n’y croyaient plus, Jésus leur apparaît vivant, ressuscité et, durant quarante jours, il les comble de sa présence, avant de leur être enlevé de nouveau le jour de son Ascension, non sans leur avoir recommandé d’attendre. Attendre qui ? Attendre quoi ? Les disciples ont de quoi être déroutés. Leurs belles certitudes d’hier, leurs rêves passés, sont bien morts, ils savent ce qu’ils quittent, mais ne savent pas de quoi demain sera fait. Bien sûr, tous ont à l’esprit la promesse de Jésus : « Je prierai le Père de vous envoyer un autre défenseur, l’Esprit de vérité » , mais cela reste pour eux un peu théorique, extérieur à eux-mêmes. Aucune parole, si belle soit-elle, ne remplacera jamais l’expérience personnelle. Les disciples n’ont pas encore fait l’expérience de la vie de l’Esprit saint en eux. Ne traversons-nous pas, nous aussi, de ces périodes dans notre vie où ce que nous faisons ou vivons n’a plus de goût ? Nous sentons bien la nécessité d’une vie autre, qui corresponde davantage à ce que nous sommes en profondeur, mais ne savons pas trop comment nous y prendre. Nous sommes dans un entre deux, entre un passé dans lequel nous ne nous reconnaissons plus et un avenir à inventer. Alors ce temps d’attente est une chance qui nous est offerte, comme pour les disciples. Chance de nous libérer de la tentation de conduire seuls nos projets, de mener notre barque, pour cultiver une disponibilité intérieure. Comment en effet accueillir le feu de l’Esprit si nous sommes plein de nous-mêmes ? Les disciples doivent apprendre non plus tant à faire qu’à se laisser faire. Sur l’océan de la vie, ils sont comme une barque qui, si elle veut avancer, doit sentir le vent et laisser gonfler sa voile. Voilà ce que nous avons à désirer du plus profond de nous-mêmes : nous laisser saisir par l’Esprit, nous laisser réorienter, recréer par lui. C’est le cœur de la vie et de la règle que saint François demande à ses frères d’observer : « Les frères désireront par-dessus tout avoir l’Esprit du Seigneur et le laisser agir en eux » . Il ne s’agit pas de ne rien faire mais que tout ce que nous faisons, y compris les plus petites choses de la vie quotidienne, soit habité par la vie de l’Esprit. Ainsi notre vie pourra prendre force et cohérence, s’unifier peu à peu dans l’Esprit. Et pour cela, nous avons, nous aussi, à nous retrouver régulièrement dans la chambre haute, ce lieu où nous pouvons cultiver dans le silence la rencontre gratuite avec le Seigneur dans la prière. Chacun doit trouver la chambre haute qui lui correspond. Il y a bien sûr la chambre haute où je retrouve d’autres chrétiens pour prier et célébrer. Et je me réjouis particulièrement de ce rendez-vous auquel plusieurs d’entre vous nous invitent chaque jeudi à 20h15 pour vivre une heure d’adoration, de face à face, de cœur à cœur avec le Seigneur. Mais cette chambre haute est aussi, et d’abord en soi. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de l’Esprit Saint ? », nous questionne saint Paul. Alors comment nous ménager dans la journée de ces temps d’intériorité qui vont éviter dispersion et course épuisante ? Il y a bien sûr une manière de se lever et de s’endormir dans le Seigneur. Mais trop souvent, nous sommes ensuite absorbés par de multiples tâches et nous faisons comme si elles ne concernaient plus la vie dans l’Esprit. Or, c’est toute notre vie qui doit être peu à peu transformée et unifiée dans l’Esprit. Pensons-nous, avant une tâche à faire, une rencontre à vivre, la confier à l’Esprit Saint ? Notre vie peut-être vraiment éclairée si nous apprenons à nous retirer régulièrement dans le chambre haute de notre cœur, même quelques courts instants : le trajet de l’école où je vais chercher les enfants, ce temps dans la voiture en allant au travail, ce sas entre deux rendez-vous… A chacun de trouver les temps et les modalités de cette rencontre avec le Seigneur. Esprit Saint, viens éclairer le cœur de tes fidèles… Frère Nicolas
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