Homélies des dimanches   

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Dimanche  18  juillet – 16ème dimanche année C

Imaginons un instant que nous sommes parmi ces disciples qui accompagnent Jésus dans ses rencontres. Nous avons été témoins de la rencontre précédente avec un scribe – et c’était l’évangile de dimanche dernier –à qui Jésus raconte l’histoire du « bon samaritain ». Et nous avons bien entendu que ces deux personnes, le lévite et le prêtre, qui évitent le malheureux pour rester dans la présence de Dieu ne correspondent pas à la volonté de Dieu. Seul ce samaritain qui ne ménage pas sa peine pour venir en aide au blessé, témoigne réellement de ce que Dieu désire.

Et voilà qu’aujourd’hui, Marthe fait tout ce qu’elle peut pour accueillir Jésus ; elle ne ménage pas sa peine non plus et se mettre à son service. Et pourtant, elle « a tout faux », tandis que Marie, qui ne fait rien, sinon rester là, à boire les paroles de Jésus est celle qui a « choisi la meilleure part ».

Cela veut dire, sans doute, que pour Jésus, l’essentiel n’est pas de faire des choses ou de ne pas en faire, mais c’est l’état d’esprit dans lequel on le fait. Probablement donne-t-il le samaritain en exemple parce qu’avant tout le malheureux qui s’est fait attaquer est une personne à qui venir en aide. Et Marthe, dont le texte dit qu’elle est « accaparée » par les tâches du service veut sans doute tellement bien faire qu’elle en oublie de rencontrer celui pour qui elle le fait. Et c’est en cela que nous pouvons facilement nous reconnaître en elle : quand le souci de la perfection de nos attitudes pour les autres est tellement prenant que nous ne rencontrons plus la personne qui est là.

Il faut croire que Jésus attend des personnes qu’il rencontre de pouvoir les rejoindre au plus profond d’elles, là où elles sont elles-mêmes, où elles se savent être une personne unique. Et c’est ce qu’il reconnaît sans doute dans le regard de Marie.

 C’est sur le registre du cœur que Jésus attend ceux et celles à qui il s’adresse car, s’il va trouver quelqu’un, c’est qu’il a une bonne nouvelle à lui annoncer, à la manière de ces trois visiteurs qui viennent rencontrer Abraham – dont il était déjà. Nous le savons bien : Dieu avait promis à Abraham qu’il serait le père d’une multitude de croyants, mais comment cela peut-il se faire puisqu’il n’a pas d’enfants et que lui et Sara sont avancés en âge ? C’est bien là que Dieu vient le rejoindre : au plus intime de ce qui fait le sens de sa vie, là où il a une difficulté majeure, et c’est pour lui annoncer la naissance d’un fils.

 Lorsque Dieu rend visite à quelqu’un, c’est pour lui proposer davantage de vie, une fécondité nouvelle, mais peut-on recevoir une telle nouvelle si on ne sait pas se situer habituellement sur le registre du cœur ? Au fond, se mettre au service d’autrui, c’est, d’une manière ou d’une autre ne pas ménager sa peine pour que la personne que l’on sert se sente confirmée et encouragée dans sa propre vie. On peut le lui signifier par des paroles et par des actes, mais le message est reçu si l’on sait se mettre sur la longueur d’onde du cœur, si l’on accepte de se dépouiller de tout ce qui empêche la rencontre d’une personne à une personne.

 C’est bien ainsi que le Seigneur vient nous rendre visite ce matin, durant cette Eucharistie. Sommes-nous prêts à l’accueillir au plus intime de nous, au plus profond de ce qu’est notre vie de personne unique ? Et pour le vivre en actes, sommes-nous prêts à lui demander dans notre prière qu’il mette sur notre route des personnes concrètes que nous pourrons rencontrer et servir à partir de ce registre du cœur ? Généralement il ne tarde pas à exaucer ce genre de demandes …

 « Seigneur, mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort ; la part qui me revient fait mes délices, j’ai même le plus bel héritage » dit le psaume 15 (v 5-6). Cette part que nous sommes invités à choisir, c’est la vie qui nous vient en plénitude de Dieu par Jésus, qui se transmet de cœur à cœur entre frères et sœurs qui se servent mutuellement. Cette part-là, personne ne pourra nous l’enlever ; que le Seigneur en soit béni, éternellement !

 

P. Fabien FAUL